Je ne sais pas utiliser le sortilège de Patronus

Il y a de cela plusieurs années, j’ai eu un premier emploi en sortant de l’université. Une première expérience sur le marché du travail, c’est rarement fameux; on réalise à quel point l’université nous a appris des choses qui ne sont pas concrètement pertinentes, on réalise qu’on est partiellement incompétent et que malgré le potentiel qu’on a, on réalise que nos employeurs ou collègues ont rarement le temps de nous apprendre des choses.

Le mur qui s’élève devant est haut. Et si on réalise, en plus, que l’emploi ne nous correspond pas tant que ça, alors ça peut être vraiment déprimant.

Ce n’était pas si pire que ça, franchement, mais je me connais plus sensible que d’autres à certaines conditions, comme la quantité de lumière naturelle qui traverse les fenêtres de notre lieu de travail, ou un entourage sympathique.

Malheureusement, mon bureau faisait dos au peu de lumière qui rentrait dans notre demi-sous-sol et puis je devais régulièrement répondre à un téléphone sans afficheur, duquel je recevais des appels d’un monsieur comique de l’étage d’au dessus qui prenait des voix différentes et se faisait passer pour quelqu’un de désagréable qui se fâchait à tout coup, parce que ma supérieure n’était pas là et qu’il voulait lui parler. “Hey c’t’une joke, c’est Normand” (Nom fictif) clouait l’appel. Mes collègues le trouvaient don’ drôle parce que c’était jamais à eux qu’il faisait le coup et moi, j’étais naïve et polie, toujours au cas où c’était vraiment quelqu’un d’important au bout du fil.

Je n’ai pas gardé cet emploi très longtemps, mais on en garde des souvenirs de ces affaires-là. J’ai recroisé Normand plusieurs fois dans le métro, en l’évitant. Non seulement je ne le trouvais pas drôle à l’époque, mais il amenait mes collègues à se moquer de moi, qui manquais terriblement de confiance et qui doutais de ma valeur professionnelle, voire ma valeur d’humain au complet, par moments.

Je me suis toujours dit qu’il faudrait que je lui dise. C’était peut-être un clown triste. Peut-être qu’il ne s’en rendait pas compte que ça m’atteignait comme ça, que pour moi, de savoir qu’il était en vacances était soulageant. Pour moi, c’était un détraqueur. Une sorte d’intimidateur. Le côtoyer me diminuait constamment. Déjà que me sentir petite est une discipline où je suis championne olympique depuis que j’ai sauté une année au primaire, t’sais.

So j’ai quitté la job, j’ai vieilli, pris de la confiance professionnelle là où on était prêt à m’en donner.

Les Normand, je peux mieux les gérer aujourd’hui, mais y’a tu quelqu’un qui peut leur dire une fois pour toutes que c’pas drôle, se moquer des nouveaux? D’ici là, on va pratiquer notre Spero Patronum.

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