Ghomeshi et les autres

Ça passe, on oublie que ça a été dit. Quand ça vient d’un homme auquel on n’accorde aucune importance, ça devient futile, banal, commun. J’aurais de quoi me vexer tous les jours, mais être vexée, c’est épuisant. M’tente pas de mettre d’énergie pour me battre, là. Et il y a tous les petits calls dégradants qu’on entend au quotidien. « Si t’as besoin de moi, crie comme une fille », « C’est bien que tu fasses le ménage, un vrai retour aux sources! », « t’es belle quand t’es fâchée ». Eeet on nous fait sentir comme si on était des folles survoltées si on s’indigne un peu.

Et tous ces petits pré-viols. Ces situations inconfortables, dont on ne parle pas vraiment à moins que quelqu’un fasse un témoignage s’y prêtant. Dans la dernière Lenny Letter, Jessica Knoll, l’auteure de Luckiest girl alive raconte son viol, et comment elle n’a pas osé l’appeler ainsi pendant longtemps.

Parce qu’on avait montré de l’intérêt envers quelqu’un au début, parce qu’on avait un peu bu, parce qu’on n’a pas dit non, on ne porte souvent de blâme que sur soi.

Un soir, j’avais suivi des amis (surtout masculins, disons le) et bien qu’il soit en couple, j’avais un gros kick sur le gars chez qui on était. Je voulais qu’on apprenne à se connaître et qu’il me trouve nice, au cas où ça marcherait pas avec l’autre (que je trouvais super belle pis super fine aussi, disons le). Méchant plan diabolique, toi. Et, parenthèse, mais j’avais eu du fun ce soir-là! On avait ri, déconné, je m’entendais bien avec tous ceux qui étaient là. L’intérêt pour le gars n’était pas mon seul motif de présence.

La soirée s’est terminée et on a dormi dans des sleeping bags sur un matelas gonflable sur son plancher de salon. Je me donc suis retrouvée dans la pièce seule avec son ami, un peu high, qui a commencé à me donner des becs dans le cou. Je me suis éloignée un peu, comme pour passer le message de « pas intéressée, yo ». Il a insisté, avec des mains baladeuses et tout l’kit. Et j’ai dû me fâcher un peu pour que ça arrête. Subtilement, parce que je ne voulais pas que notre hôte, mon kick, m’entende. Je voulais toujours être la fille nice du début.

Pis c’est cave. Parce que je me disais que peut-être j’aurais dû être claire au début avec lui. Peut-être que j’aurais dû être plus transparente avec mon intérêt pour l’autre. Peut-être que j’aurais dû rester chez moi pis pas sortir pantoute. Voilà, je portais tous les péchés du monde. Classique Juliette. Classique ben-des-filles, de ce qu’on me raconte.

On parle beaucoup de harcèlement sexuel ces derniers temps et il ne faut pas que ça cesse. Il y a un grand vide à combler dans l’éducation sexuelle. Suffit de googler « When is rape ok? » pour tomber sur le troublant sondage mené dans un groupe d’école secondaire. Je crois en toute sincérité que j’aurais fait partie de ces pourcentages épeurants quand j’étais plus jeune. On n’a aucune préparation aux situations concrètes de harcèlement sexuel, voire de viol. On dit beaucoup « protège-toi » et on parle d’ITS, mais pas de comportement et de ce qui est ok. Pour ça, on a le cinéma et ses grands drames. Les petits drames, on n’en saura rien.

On m’a déjà raconté des trucs épouvantables sur des garçons que je considérais super gentils. On leur avait peut-être juste pas dit que ça se demande, un consentement, qu’ils n’auraient pas l’air con de demander, à n’importe quel moment, « T’es ok? Veux-tu qu’on aille là? ». Comme s’il était question d’une tasse de thé.

Alors j’écris un constat un peu moins fluffy qu’à l’habitude, parce qu’il faut en parler pour que ça arrive de moins en moins, parce qu’il faut arrêter Ghomeshi et les autres.

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