Amour et jeu

C’est un peu gênant pour moi d’en parler, mais voilà. Il y a un peu plus d’un an, je prenais des cours d’improvisation. Des cours où on ne se prenait pas trop au sérieux et où on visait tous une chose: apprendre. On perfectionnait notre façon de jouer. Il y avait différents niveaux de joueurs, certains comprenaient mieux le jeu que d’autres et je suis restée surprise de me faire dire que je devrais « faire une ligue ». Par des personnes différentes, dont je trouvais le jeu convaincant. Et il était question de ces ligues d’improvisation amateur et moins amateur dans les bars qui font des camps de sélection et se donnent en spectacle un certain soir de semaine.

Contrairement à beaucoup de gens qui font partie de ces ligues, moi, je n’avais jamais touché à ça l’improvisation autre que dans mes cours. Ni au secondaire, ni au cégep. J’ai humblement participé à quelques pièces de théâtre. Une discipline un peu différente, qui requiert d’apprendre un texte par coeur, faire de la recherche sur son personnage et où on se fait diriger par des gens qui connaissent la pièce et le jeu d’acteur mieux que nous. Je garde un excellent souvenir aussi de mes cours d’acting chez Mode é arto, quand j’avais 15-16 ans. Je trippais comme une petite folle, qu’il soit question de diction, de jeu devant la caméra, ou de maquillage de scène! J’écris ces mots et je me rappelle avec nostalgie à quel point les 3 heures de cours passaient vite chaque jeudi soir.

Voulant renouer avec l’acting l’an dernier, j’ai aussi voulu sortir de ma zone de confort en essayant l’improvisation. J’ai deux soeurs qui en faisaient depuis le secondaire et en qui je me reconnaissais (lol). Alors je me suis lancée là-dedans. J’ai fait des camps de sélection, avec la désinvolture d’une attitude « why not » et j’ai été prise dans deux ligues quand même cool.

Je vais épargner les détails, mais j’ai vécu une sorte de syndrome d’imposteur plutôt tough. Je me rappelle d’une fois à table, quand tout le monde parlait d’insides de tournois en nommant des noms que tous connaissaient, excepté moi, tsé. Comme je ne parlais pas beaucoup, mon voisin de table a voulu être gentil et m’a dit « mais toi Juliette, tu sors d’où? ». J’ai spontanément dit « Ben, de nulle part » « Nulle part? Comment ça nulle part? ».

Je voulais aller me cacher loin. Loin comme dans un autre pays. Je devais être la seule de la ligue qui n’avait jamais fait partie d’aucune équipe d’improvisation auparavant. On m’avait complimenté sur mon camp plus tôt et je trouvais ça complètement insensé. Ça devait être de la chance, peut-être que la pinte que j’avais bue avant m’avait donné de super pouvoirs. Ou pire encore, peut-être que j’étais juste cute (oui, des fois, on se met à penser à des choses comme ça, les filles, et puis, on entend des histoires qui laissent croire que ça peut se passer de même, aussi).

Et malheureusement, ce syndrome n’était pas que passager. J’ai travaillé fort pour ne pas me laisser intimider par la capacité de mes collègues de performer sur scène, de faire rire et agir avec nonchalance et spontanéité. Je les trouvais tellement drôles, je les admirais, j’avais envie de les connaître, pour savoir comment ils arrivent à faire de tels liens dans leur tête, de surprendre le public comme ils le faisaient. J’ai douté de mes talents, mes capacités et aussi de ma valeur au complet tous les dimanches et tous les mercredis. Je n’étais pas la Juliette des camps, j’étais devenue une joueuse trop dans sa tête pour donner quoi que ce soit de bon. Les blagues que je faisais étaient maladroites. Je me disais que l’aisance arriverait un jour, avec un peu d’expérience, mais ça n’est pas arrivé. De toute la saison, il n’y a pas eu une improvisation où j’ai été fière de moi. Triste de même.

Je prenais un thé avec une amie il y a quelques mois, je lui parlais de tout ça et elle m’a sorti des petites paroles de sagesse:

« Peut-être que la raison pourquoi il y a eu l’impro dans ta vie, c’était simplement pour que tu rencontres ton copain. »

J’ai souri. Ça m’a touché droit au coeur. Si je n’avais pas eu cet intérêt passager pour l’improvisation, je n’aurais pas rencontré mon amoureux, que j’ai vu pour la première fois lors d’un match où il jouait et que j’ai croisé à nouveau par « hasard » lors de d’autres événements de la sorte.

On est souvent pris dans nos tourbillons de pensées négatives quand on n’a pas le succès désiré dans quelque chose, mais on oublie parfois de voir le bonheur que certains effets papillons nous apportent.

Alors merci l’impro, on se revoit bientôt, quand les jerseys seront portés par d’autres, pis c’est ben correct comme ça. xx

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